À Foix, le 5 février 2025, de nombreux·ses participant·es se sont retrouvé·es pour des Rencontres territoriales consacrées à l’Éducation Artistique et Culturelle (EAC) en milieu rural, organisées en lien l’Association des Maires ruraux de l’Ariège (AMR09), l’Office central de la Coopération à l’École (OCCE-09) et l’UFISC.
Dès l’ouverture, la tonalité était donnée : placer l’EAC au croisement des droits culturels, de l’éducation populaire et du développement territorial. Loin des formats descendants, la journée a privilégié la participation et la mise en mouvement : “bombardement de questions”, échanges en petits groupes, ateliers d’étude de cas et restitution collective ont permis de croiser les expériences et les points de vue. Les participant·es ont ainsi travaillé sur trois grands ensembles de questions : pourquoi et comment faire EAC ? comment coopérer et financer les projets ? et comment mieux les faire connaître, circuler et durer ?
Les témoignages présentés – compagnies implantées localement, médiathèques, projets de résidence en collège, associations d’éducation populaire ou d’art-science – ont montré la diversité des démarches possibles. Toutes soulignent la nécessité du temps long, du dialogue entre acteurs, et la capacité de l’EAC à dépasser les frontières institutionnelles pour relier création, transmission et citoyenneté. Plusieurs interventions ont aussi rappelé la difficulté de maintenir ces dynamiques dans un contexte de précarisation du secteur, de logique d’appels à projets et de raréfaction des soutiens publics.
Benoît Labourdette, cinéaste et pédagogue, a proposé une réflexion sur les liens entre EAC et droits culturels : penser l’éducation artistique non comme transmission verticale, mais comme espace de rencontre, de reconnaissance et de réciprocité. L’artiste, l’élève, l’élu ou le spectateur y deviennent partenaires d’un même processus, où l’expérience prime sur le résultat. Cette approche rejoint celle défendue par la chercheuse Laura Lescure, pour qui la coopération et la confiance constituent les conditions premières d’une EAC émancipatrice. Pierre-Marie Georges, de l’Association des maires ruraux de France, a pour sa part insisté sur la nécessité de renouveler le regard sur la ruralité : loin d’être un territoire en déficit, elle peut être un espace d’invention sociale et culturelle, à condition d’y reconnaître les compétences et les désirs des habitants.
En clôture, un mot est apparu : “bricolage”. Non comme marque d’amateurisme, mais comme éloge de la créativité collective, de l’expérimentation et de la souplesse nécessaires pour faire vivre les projets. À travers les échanges, une conviction commune s’est affirmée : l’Éducation Artistique et Culturelle est bien plus qu’un dispositif, c’est un levier pour mieux habiter ensemble un territoire, d’en partager les ressources, les savoirs et les imaginaires.